Le pouvoir des homebrews selon Wololo

Cet article n’est qu’une traduction pure et dure de l’article de Wololo sur son blog. Je l’ai traduit dans la langue de Molière car je trouvais son billet intéressant et enrichissant pour les débutants qui ne comprennent pas l’utilité dont peuvent faire preuve les homebrews.

Cet article étant originellement écrit par Wololo, les emplois de la première personne du singulier se réfèrent donc à ce dernier.

Au fil des ans, la scène du hack a démontré l’utilité des homebrews pour les consoles modernes. Parmi les quelques récents exemples, on peut citer le communiqué de Fail0verflow à propos de la fin des homebrews ou la description par Yifan Lu des difficultés rencontrées pour le hack de la PS Vita (les deux articles ont été écrits en 2015. C’est récent de mon point de vue, mais ça peut sembler vieux pour vous 🙂 ).

Jouer à des jeux homebrews sur nos PSP ou DS était vraiment une partie de plaisir. Au milieu de la décennie 2000, il s’agissait des seuls appareils portables abordables qu’on pouvait se procurer, avec assez d’énergie et de flexibilité pour exécuter des émulateurs, jouer à des jeux, regarder des films, écouter de la musique…

La PS Vita est bien difficile à hacker

La PS Vita est bien difficile à hacker

De nos jours, (quasiment) tout le monde sur Terre a accès à des smartphones cheap bien plus puissants que la PS Vita. Tous ces smartphones peuvent lancer des émulateurs et des jeux plutôt correctement. Pendant ce temps,  nos consoles portables de jeux sont verrouillées “plus étroitement” qu’auparavant. Il est devenu difficile de casser leur sécurité, et cela devient même une tâche coûteuse parfois. Rétrospectivement, hacker la PSP était un jeu d’enfants. Les gens se demandent donc pourquoi continue-t-on d’essayer aussi durement de de hacker la PS Vita, la 3Ds ou la PS4 pour lancer des homebrews ? Ne nous voilons pas la face : le seul objectif est très certainement le piratage de jeux, non ?

Le bon vieux temps

Je me souviens quand, à l’époque, je jouais à ScummVM (émulateurs de vieux point’n’clicks) et gpSP (émulateur Game Boy Advance) sur ma PSP. Sans oublier Doom. Et, pour une certaine raison, j’ai passé plus de temps que je ne voudrais l’admettre sur un Spider Solidaire. La PSP était aussi géniale au niveau des plugins. C’est grâce à la scène underground que l’on a pu utiliser Music.prx, un programme permettant d’écouter ses bibliothèques MP3 en plein jeu. Sur DS, ma femme utilisait l’équivalent Moonshell. Je ne pense pas que Nintendo ait jamais essayé de se faire chier à inclure un lecteur MP3 sur DS…

Screenshot de ScummVM par joostp et bluddy

Screenshot de ScummVM par joostp et bluddy

À un moment, j’ai décidé de développer mon propre jeu homebrew pour PSP : Wagic. Un jeu lourdement inspiré par le jeu de cartes à jouer/collectionner Magic, qui connut un vif succès sur l’engin. Je crois que la force de Wagic est qu’il proposait quelque chose d’indisponible sur n’importe quelle autre plateforme (bien qu’on ait porté, depuis, Wagic sur la plupart des autres plateformes). Il n’existait effectivement aucun jeu “propre” et gratuit qui permettait de “jouer” à ce jeu face à une IA (l’exception étant MGT Forge, mais il était resté à la traîne longtemps derrière Wagic en terme de nombre de cartes supportées, flexibilité du moteur et graphismes). N’ayant pas suivi la scène MGT depuis un bail, je ne saurais dire s’il y a à l’heure actuelle de meilleures choses).

Screenshot de Wagic par Wololo et sa bande

Screenshot de Wagic par Wololo et sa bande

Je pense que les homebrews dont se rappellent réellement les internautes, plusieurs années après, sont ceux qui résultaient d’un amour et d’une passion véritables, presque palpables. Il y a eu quelques homebrews que l’on pouvait qualifier comme étant de simples portages bêtes et méchants de jeux existants. Certains ont peut-être commencé ainsi, mais leur(s) développeur(s) mettaient à jour et amélioraient régulièrement leur projet. L’open source et la précaution de rendre un jeu moddable depuis 0 était le “name of the game” selon moi. CSPSP me vient à l’esprit comme un bon exemple.

Screenshot de CSPSP 1.92+ par UnLuck3R

Screenshot de CSPSP 1.92+ par UnLuck3R

Les besoins non satisfaits officiellement

Je me souviens d’un point commun que partageaient les multiples émulateurs, plugins, utilitaires, jeux originaux et homebrews : ils comblaient les besoins impossibles à assouvir officiellement. Il n’y a aucun moyen effectivement d’avoir un émulateur GBA sur sa Vita, un un émulateur PS1 sur sa Wii U sans passer par le hack. Les utilitaires fleurissent un à un malgré les mises à jour de Sony. Ils ont tellement peur d’ouvrir une vulnérabilité potentielle qu’ils avancent très lentement et prudemment. J’ai arrêté d’attendre un lecteur média décent pour PS4 (voir ma review ici).

[…] Sony a tenté à plusieurs reprises de donner un accès limité à ses appareils, à des fins de développement pour les amateurs de leurs produits, mais sans succès. La PS3 a été hackée malgré la fonctionnalité “OtherOs”. Le programme “PSM” a été un tel échec cuisant (note de Wirus : voir notre dossier sur les raisons pour lesquelles le PS Mobile n’a pas marché) que Sony a décidé de le retirer alors qu’il ne l’avait testé que dans quelques pays, quelques années. Les choses ont évolué depuis, les développeurs indépendants peuvent facilement mettre en ligne leur(s) jeu(x) sur le PS Store “normal”. En revanche vous ne verrez jamais un une entrée légalement borderline comme un émulateur N64, un jeu de la trempe de Wagic, un utilitaire tel que XBMC, un lecteur VLC, ou un plugin offrant la possibilité d’écouter n’importe quelle musique en plein jeu (bon, c’est plus ou moins possible sur Vita, mais pas sur tous les jeux). Ceux-ci représentent un trop gros risque de sécurités juridique ou technique pour Sony.

C’est, pour moi, la raison pour laquelle les homebrews continueront d’exister longuement encore. Les hackers et les développeurs amateurs n’ont pas simplement envie de d’avoir le “droit” de développer leur(s) jeu(x) dans des “limites contractuelles” pour finalement les publier sur le PSN. Ils souhaitent étendre les fonctionnalités de l’appareil qu’ils ont acheté, lui faire faire des choses auxquelles personne n’aurait pensé, bref le transformer en un véritable couteau-suisse à utiliser dans son salon pour se simplifier la vie.

Le 21 mars 2015, Josh Axey publiait ses découvertes et découvertes sur la PS Vita

Le 21 mars 2015, Josh Axey publiait ses découvertes et découvertes sur la PS Vita

Le piratage des dernières consoles en date est incroyablement ardu. Développer des homebrews pour eux est inutile vu à quel point ce serait plus simple sur n’importe quel autre appareil. Et pourtant, il semblerait que rien ne peut arrêter les hackers et autres amateurs en tous genres d’améliorer les dispositifs dont ils sont propriétaires. Parce que c’est ce que nous aimons faire. Nous remplissons les lacunes et transformons des “très bonnes consoles de jeux” en “pièce technologique fantastique et polyvalent”.